
aventures inédites : bibliothèque verte. page n° 10
Copyright Fevrier 2009 Madmoute
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Tandis que Pinky survole la Terre Imicri songe à ce qu'elle a entendu dans les murmures de l'assemblée ...
Une vieille guêpe sussurait tout bas à sa voisine :
Il est temps que les guêpes prennent leur place dans le monde
des insectes utiles ...
On les accuse de bien des méfaits
or nous ne sommes pas si méchantes.
En vérité,
nous n'attaquons guère que pour nous défendre ou quand on agresse nos guêpiers....
La guêpe se tait un instant puis reprend :
' Il ne faut pas oublier que les guêpes sont les ancêtres des abeilles et des fourmis, et que les plus anciennes abeilles ressemblaient à des guêpes ...'
' C'est exact, l'interrompt une fourmi toute rouge.
Cependant l'ancêtre la plus proche de nos cousines était une sorte de fourmi ailée, une fourmi appelée mélipone,
spécialisée dans la recherche de nourriture sur les fleurs ...
..... Savez-vous que, au commencement de leur vie sur Terre, les abeilles
mâchouillaient des feuilles et des fleurs, et vivaient au pied des arbres ?
Elles étaient des insectes solitaires et prédateurs, comme vous les guêpes...
Puis les plantes sont apparues et peu à peu leurs organes se sont développés ce qui
leur a permis de super le nectar des fleurs et de transporter le pollen.'
' C'est là qu'elles ont commencé à se différencier de nous, reprend la guêpe,
progressivement elles sont devenues une société, avec une organisation sociale.
Nous autres les guêpes sommes des insectes éphémères, et nous devons, dans un court été, accomplir le cercle d'une longue vie sociale la plus compliquée pour un insecte, ce que l'abeille élabore en plusieurs années et en différentes générations.
Nous, nous n'essaimons pas et nous ne faisons pas de provisions car la plupart d'entre nous meurent au commencement de l'hiver.
Les abeilles elles divisent leur colonie, elles préparent des stocks de nectar et de pollen pour l'hiver, et se nourrissent de leur butinage quotidien.
Elles sont très actives et productives, il faut le reconnaître...'
' Tu oublies de préciser que nous mangeons des abeilles, ajoute un frelon un peu ronchon, et que nous les tuons pour savourer leur miel ! .'
' Oui, reconnaît la guêpe, c'est vrai , nous sommes des carnivores et de surcroit, nous n'avons pas toujours bon caractère...
En tout cas j'en ai assez d'être la mauvaise guêpe nuisible quand l'abeille est bonne et utile.
Moi aussi je veux devenir utile, et être une bonne guêpe et je veux aider Imicri.
' Nous aussi, nous aussi, fanfaronnent ses jeunes sœurs ...'
Imicri sourit à ces derniers bourdonnements et pense que le monde est beau quand tous les êtres cherchent à se réunir dans un but généreux.
Puis elle songe aux petits vers dont seules les têtes sortaient de terre, et qui malgré quelques tentatives n'ont pas réussi à se faire entendre.
Un papa expliquait à son petit:
' Nous aussi avons un rôle très important
pour la vie des plantes et des êtres: quand nous creusons des galeries dans les terres humides, nous permettons à cette terre de s'aérer et d'être plus fertile...
Hélas comme pour les abeilles, certains produits déversés sont empoisonnés et nous tuent; tout comme des plastiques enterrés n'importe où nous étouffent. En cent ans nous avons perdu plus de la moitié de notre espèce. Notre race est très menacée.
... Mais que pouvons nous faire ? demande le petit ver.'
' Nous je ne sais pas,
mais les hommes ont sans doute à apprendre à respecter la terre,
à en prendre soin ...
En tout cas si nous disparaissons complètement, la terre ne sera plus oxygénée et plus rien ne poussera..'
' Nous sommes le symbole de la vie...' poursuit un autre ver...
Imicri pense aussitôt à sa mère, quand en de simples regards, elle lui apprenait la vie...Elle disait:
' Le ver est symbole de la transition de la terre à la lumière; dans certains pays très chauds, on ne touche pas aux vers de terre ; au contraire on en prend soin et on les respecte, car on considère que ce sont des êtres morts, qui sont revenus vivre sous cette forme '...
La princesse se tourne vers Méli et Mulot qui ronflent la bouche ouverte, tous deux couchés sur le dos.
Elle est bien contente de leur présence à ses côtés tout comme de sentir la caresse du vent et la douce chaleur du Soleil qui de là-haut veille sur elle.
Puis elle regarde la terre...
En cet instant Pinky survole de magnifiques prairies et la princesse peut entendre le ronronnement heureux de tous les insectes qui vivent là.
Les fleurs y sont belles et fraiches, parfumées et sauvages ...
Les êtres et les paysages respirent tous la même joie de vivre.
' Ce bonheur doit être propagé en d'autres endroits ', songe Imicri.
Grâce à ses yeux perçants elle se met à suivre des abeilles de retour à leur rucher.
Là, elle constate que autour et dans toutes les ruches, il y a une effervescence d'abeilles : Les unes vont sur les fleurs chercher pollen et nectar, les autres sont sur les bouleaux pour récolter de la résine, d'autres encore puisent de l'eau ou gardent l'entrée ...
Tout est plein de vie...
A l'intérieur aussi, on s'active, reines et ouvrières sont au travail et un bourdonnement puissant et heureux fait vibrer les ruches.
Alors elle se dit:
' Dans quelques pays où les conditions climatiques sont difficiles, certaines races d'abeilles produisent beaucoup de couvain, construisent jusqu'à une centaine de cellules royales pour élever des reines et essaiment régulièrement du printemps à l'automne...
Ces abeilles sont hélas très agressives et nerveuses.
Mais il serait intéressant de reproduire leur mode de vie...
Ici nos colonies vivent très bien: les fleurs sont pures et gorgées de bon nectar et mes sœurs qui sont en pleine santé, en trouvent à volonté.
Elles ne souffrent ni de la faim ni du froid puisque les contrées bénéficient d'un climat doux ...
Il faut continuer à développer de fortes colonies en ces lieux de paradis afin que plusieurs fois dans la saison une même colonie envoie une partie de sa population coloniser d'autres lieux,
à l'image de ces races nomades.'
Puis s'adressant au vent :
' Zeff, tu transmettras le message suivant à toutes les abeilles de ce territoire et des territoires qui bénéficient de tels agréments:
D'abord tu t'adresseras aux reines et tu leur diras qu'elles ne devront plus se tuer entre elles ou se chamailler quand la place dans une ruche deviendra trop juste pour tout le monde mais qu'au contraire elles devront s'entendre pour organiser plusieurs essaimages par ruche dans une même saison.
Qu'au moment du vol nuptial, elles devront accorder plus encore leurs faveurs aux mâles qui les féconderont car il leur faudra pondre sans relâche et bien plus encore été comme hiver, pour permettre des ruches toujours populeuses et pérenniser notre race plus largement.
Aux ouvrières des ruches, tu diras ...
Qu'il faudra construire beaucoup plus de cellules royales en prévision de la naissance de plusieurs reines et élever plus encore de nos futures ouvrières.
Qu'il faudra travailler dur pour préparer les réserves de nourriture afin de nourrir les abeilles présentes mais aussi d'assurer les différents départs dans de bonnes conditions avec des reines jeunes, douces et en bonne santé.
Le premier groupe partira au printemps.
Plus tard dans la saison un deuxième groupe d'abeilles devra quitter la ruche à son tour et ira se placer plus loin pour coloniser un autre lieu et polliniser d'autres fleurs encore, et ainsi de suite autant de fois que possible, jusqu'aux temps froids..
Chaque groupe au départ s'assurera qu'il n' y a aucun danger ni pour les abeilles qui restent ni pour celles qui s'en vont, et en quittant les lieux il devra prévenir de son itinéraire. Ainsi les colonies nomades se répartiront et progressivement s'étendront à toute la Terre.
Les butineuses ici ou ailleurs aideront les fleurs à se développer plus encore en semant davantage de pollen sur le chemin du retour, voire même en s'écartant des sentiers battus pour polliniser d'autres coins. Ainsi plusieurs colonies iront s'installer plus loin, et quand elles seront installées et fortes à leur tour, elles recommenceront ce même principe ailleurs.
Aux faux bourdons tu diras:
Cessez de ne rien faire, et pour commencer fécondez plus encore les reines, assurez la descendance et vous aussi aux temps chauds, butinez, ramenez du miel,
aidez aux réserves, ou gardez les lieux contre les indésirables...
Comme il y aura plus de reines à féconder,
ne vous battez pas et acceptez en plus grand nombre ce sacrifice de votre vie.
Soyez d'un caractère doux pour que vos descendances soient douces aussi...
Nous avons besoin de vous pour repeupler la terre.
Il y a beaucoup à faire, alors au travail et tout de suite.'
Le message entier est aussitôt transmis aux abeilles qui vivent dans les prairies parfumées.
' Enfin, termine la princesse, tu demanderas aux guêpes d'épargner les abeilles, de ne plus les manger, et d'apprendre à se constituer des provisions de nourriture pour ne plus piller nos réserves de miel.
Aux fourmis ailées,
tu souffleras de ne plus chercher à entrer dans nos ruches pour manger notre miel.
Qu'avec les guêpes elles peuvent sans aucun doute s'entendre ou se débrouiller pour se construire gîte et couvert.
Il suffit de s'organiser. '
Pinky continue sa course tandis qu' Imicri se repose un peu.
' La Terre est très belle et généreuse, se dit-elle, je suis heureuse d'apprendre à la connaitre, de vivre tous ces instants auprès d'elle.'
Puis elle s'endort sur ces pensées, et plonge dans un sommeil sans rêve...
Un moment plus tard tout le monde se réveille en même temps.
' Oh j'ai bien dormi, baille Méli.
- Moi aussi, convient Mulot, rien ne vaut un bon somme... Mais comme il fait chaud !!
- Imicri, pouffe alors Pinky qui lui n'a pas dormi, regarde, nous voyons la maison de Bibou, le jeune garçon que tu veux rencontrer.'
En cette région le soleil brûle la terre,
le paysage est beaucoup plus sec, la végétation plus rare et l'air très chaud. Pinky commence à bien transpirer !
' Dépose nous près de son rucher, ordonne la petite.'
Un instant plus tard Imicri, Méli et Mulot descendent du petit nuage blanc.
A peine ont-ils posé leurs pattes à terre, une abeille s'approche d'eux:
' Bienvenue princesse, sussure Bouzzie, une vieille gardienne...
- Merci Bouzzie, je suis bien contente de te trouver là, ton expérience me sera précieuse. Tout en volant tranquillement raconte-moi votre vie, parle-moi des hommes qui s'occupent de vous...'
' Avec plaisir belle princesse, répond Bouzzie.
Vois tout d'abord comme nous sommes heureuses :
Autour du rucher les hommes ont planté de nombreux citronniers et de beaux orangers qui embaument les lieux d'un parfum merveilleux...
Leurs fleurs blanches qui tout le jour se trémoussent au soleil sont riches de nectar et de pollen. Ainsi malgré la chaleur qui sévit en cette région, la proximité immédiate de ces petits arbres évite des trajets trop longs et épuisants
pour nos sœurs qui butinent ....'
Imicri approuve de la tête et Méli qui vole à ses côtés est aux anges.
Mulot lui a plus de mal à courir sur le sol dur et sec mais il se réjouit de cette aventure.
' Regarde là, continue Bouzzie, les hommes ont installé un abreuvoir qui nous permet de nous hydrater facilement et de rapporter de l'eau aux ouvrières de la ruche...
C'est un grand luxe que ces arbres proches et que cette eau car ils nous assurent de pouvoir nourrir et abreuver nos reines, le couvain et les ouvrières, sans trop d'effort .
Avec la chaleur ces dernières travaillent dur pour rafraichir et ventiler la ruche;
mais grâce à l'ombre du verger, leur tâche est moins ardue tout comme la notre '.
Les hommes ici ont soucis du bien-être de leurs abeilles, songe Imicri.
' Ce n'est pas tout, reprend Bouzzie. Quand les fleurs manquent ou que le temps n'est pas beau, le jeune garçon nous apporte même à manger, cela nous permet de ne pas mourir de faim....
Grâce à ses bons soins réguliers, il nous assure d'être une belle colonie, forte et travailleuse.'
Imicri observe tout autour le travail des abeilles et approuve.
' Je voudrais me détendre un peu, dit-elle, allons nous régaler des douceurs de ces belles fleurs '.
Tout en sirotant le bon nectar, Imicri converse avec une fleur:
' Nous avons bien de la chance ici, dit la fleur, l'eau est rare et pourtant grâce aux hommes nous ne souffrons pas de la sécheresse. Les arbres qui vivent un peu plus loin n'ont pas une vie aussi facile...
- Il y a eu le feu, intervient une abeille avant de s'envoler vers sa ruche.
- Un feu terrible, continue la fleur, tous les arbres et les êtres vivants en ces lieux sont morts, c'est affreux...
Le feu a tout détruit, c'est le vent qui nous l'a raconté.
- Est-ce loin ? demande Imicri.
- Non c'est tout près, lui répond le vent, monte sur mes ailes, je t'y emmène.
- Moi je reste là, dit Méli.
- Moi aussi,
couine Mulot qui souffre du chaud et halète comme un pauvre diable.
- Partons, dit Imicri au vent.
Et elle monte sur ses ailes.
Le paysage est vraiment sec, l'air de plus en plus suffocant.
Imicri comprend la nécessité de l'eau et de l'ombre.
Mais quand elle parvient au dessus des terres brûlées, elle est atterrée.
Des forêts de pins ont été complètement ravagées par le feu. Les arbres pleurent car beaucoup de leurs frères sont morts, de nombreux animaux ont péri carbonisés...
Il n'y a plus de vie.
' Quel désastre, quelle horreur, songe la princesse, le feu est ravageur, il a tout anéanti...
Il faut agir et vite...
Nos sœurs qui vivent heureuses à l'ombre des citronniers doivent aider par leur travail à repolliniser les forêts brûlées, les ouvrières devront butiner les fleurs environnantes et disperser le pollen pour peu à peu reconstituer la végétation perdue.'
Puis elle songe à Bibou :
' Il faut que ce garçon emmène des ruches sur les zones brûlées.'
Alors elle se tourne vers le Rêve et lui dit:
' Rêve, ton pouvoir est grand... Inspire Bibou ...
Ainsi à son réveil tout à l'heure, il saura ce qu'il doit faire pour aider la vie à renaitre en ces lieux de désolation.'
Aussitôt dit aussitôt fait, le Rêve vient pénétrer le sommeil du jeune garçon qui fait la sieste en cet instant:
Il lui montre une forêt magnifique où vivent heureux de nombreux êtres, puis l'horreur des flammes qui embrasent les arbres, les animaux qui courent affolés, les cris de peur et de douleurs, les arbres qui tombent...
Le vent qui souffle les cendres noires.
Il lui fait entendre le silence pesant de la mort; un silence d'angoisse et de désespoir car plus rien ne vit...
Et autour, tout autour, le choc est tel pour ceux qui ont échappé aux flammes, que plus rien ne bouge dans un souffle suspendu.
Enfin le soleil reparait...
Sur les lieux du désastre des ruches avec de belles colonies, travailleuses et volontaires, sont posées. Des abeilles vont et viennent, sèment le pollen, tandis qu'un garçon vient leur donner à manger pour les aider à ne pas manquer de réserves...ni de carburant pour leurs allers-retours...
Bientôt de petites fleurs poussent et des arbres prennent racine.
Et c'est le bonheur car la nature revit......

Ruche communicante
Ruche en cartonnage, 7 cadres et 14 photographies de la colonie la peuplant.
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